Puisque la planète est limitée en ressources, il est impossible de baser le système
économique sur une croissance illimitée de l’exploitation des matières premières. Le
rythme effréné de l’exploitation des ressources de la planète tirée par le modèle de
croissance capitaliste va bien au-delà du rythme de régénération des écosystèmes naturels. Le Jour du dépassement est un indice pertinent pour identifier à quel moment de l’année l’exploitation des ressources dépasse la capacité de support des écosystèmes. Cette date qui était le 29 décembre en 1970, était rendue le 2 août en 2018, et continue d’avancer
progressivement d’année en année.

Afin de diminuer la dépendance de la société face aux ressources naturelles, il est nécessaire de maximiser l’utilisation des ressources sur l’ensemble de leur cycle de vie et de minimiser leurs
impacts en fin de vie. L’économie circulaire propose de faire circuler les ressources dans le marché, de manière à augmenter la richesse de la société, à augmenter les profits des entreprises et à
diminuer les impacts environnementaux liés à la surconsommation.

Dans cette optique, plusieurs entreprises emboitent le pas dans des projets porteurs de gestion des matières résiduelles (GMR), démarche par laquelle des actions de réduction des rejets de MR et des moyens optimisés pour contrôler la gestion de fin de vie des matières sont implantées.

Comment les entreprises font-elles pour promouvoir et participer à la réduction des rejets de MR? L’article vise à expliquer comment les entreprises ont un rôle prédominant avec les objectifs nationaux de réduction des rejets de MR en vigueur et comment leur adhésion leur amènera un
impact positif.

Contexte local

Le Québec est actuellement en phase de transition rapide en ce qui concerne la gestion des MR. Plusieurs enjeux font pression sur le système de GMR au niveau national:

  • Modifications apportées à la Loi sur la Qualité de l’Environnement (LQE) par le projet de loi 65;
  • Remplissage rapide des lieux d’enfouissements techniques (LET);
  • Crise du recyclage engendrée par la fermeture des marchés asiatiques.

De plus, la pandémie de la COVID-19 a eu un impact significatif sur la production de MR,
engendrée par l'augmentation de la consommation de produits à usage unique à la suite du confinement.

Selon le rapport sectoriel de Recyc-Québec publié en février 2021, la quantité totale de matières
résiduelles éliminées en 2019 s’élève à 6 139 000 tonnes. Il s’agit d’une augmentation de 9,1 % par
rapport aux 5 627 000 tonnes éliminées en 2015. Le dernier inventaire des gaz à effet de serre du Québec date de 2017 et démontre d’ailleurs que les émissions de GES produites par les déchets
représentent 4,6Mt eq CO2, soit 5,8% des émissions globales, d’autant plus que les matières
organiques enfouies et en décomposition sans oxygène produisent du biogaz composé de
méthane (CH4), un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le CO2.  Il devient donc apparent qu’une croissance soutenue de production de MR aura un impact significatif sur la performance environnementale du Québec.

Le projet de loi 65, adopté à l'unanimité par l'Assemblée nationale du Québec le 11 mars 2021, vient apporter plusieurs modifications importantes à la LQE, principalement concernant les systèmes de consigne et de collecte sélective.  L'objectif de ce projet de loi est de moderniser ces deux
systèmes afin de permettre une plus grande récupération de tous les contenants de breuvages, indépendamment de leur composition. Ainsi, à la suite de l'implémentation de la consigne élargie, prévue en décembre 2022, c’est plus de quatre milliards de contenants de breuvages qui seront assujettis à la consigne, qu'ils soient en plastique, en verre, en métal ou en carton multicouche.

IMAGE_MOIS_GMR_LINKEDIN-BLOG

La modernisation du système de collecte sélective pour sa part, a pour objectif de récupérer plus de MR valorisables, permettant de mieux recycler et de manière plus efficace, dans une
perspective d’économie circulaire et d'économie sociale.  Son entrée en vigueur graduelle est
prévue d’ici décembre 2024.  L'application de ces deux réformes se fera par l'entremise d'une
approche de responsabilité élargie des producteurs. Ceci implique que les entreprises deviendront responsables des contenants, emballages, imprimés et journaux qu'elles mettent en marché, et ce, jusqu'à la fin de leur vie utile.  L'impact de ces changements peut être significatif pour les
entreprises manufacturières.

De plus, la situation des lieux d'enfouissement technique (LET) québécois est critique. Les
principaux sites se remplissent rapidement et approchent leurs capacités maximales.  Pour cette raison, plusieurs projets d'agrandissements de LET ont été proposés au Bureau des Audiences
Publiques sur l'Environnement (BAPE) dans les dernières années.

Un autre enjeu est lié à la fermeture en 2017 des marchés asiatiques qui achetaient auparavant les MR recyclables, principalement le plastique.  Cette fermeture a fortement impacté la GMR au
Québec.  De par cette fermeture, le Québec s’est vu accumuler 350 000 tonnes de matières
recyclables annuellement. Afin de désengorger les centres de tri, il a été nécessaire d'envoyer à l'enfouissement les surplus d'inventaires de matières recyclables.

Comme illustré par ces enjeux, la GMR au Québec est appelée à changer de manière importante au cours des prochaines années. Il est primordial que les entreprises soient proactives face aux changements à venir en priorisant la réduction à la source de la génération de déchets et en
mettant en place des mécanismes permettant une gestion responsable des MR.

En quoi le secteur privé détient un rôle prédominant face à l’économie circulaire?

D’ici 2025, Benoit Charrette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements
climatiques (MELCC), a annoncé l’objectif du gouvernement de réduire de 50 % les 17 000 tonnes de déchets qui sont quotidiennement enfouies dans la province. Sachant que plus du tiers de ces matières provenaient des secteurs industriel, commercial et institutionnel (ICI) en 2019, selon le rapport sectoriel de Recyc-Québec publié en février 2021, les efforts à déployer seront
considérables pour les ICI.

Si l'ampleur de la tâche et l'investissement économique que représentent une démarche de GMR peuvent sembler dissuasifs, elles représentent aussi un formidable levier d'innovation et
d'économie pour les ICI.

1. Réduction des coûts d’achat de matières premières et de disposition des MR

L’achat des matières premières est à la base des processus des organisations. Pourtant, une partie importante des matières premières consommées par les entreprises ne finissent pas comme
produit commercialisable. Les coûts liés au traitement des MR représentent une dépense
importante pour le secteur des ICI. En réduisant la quantité de matière envoyée à l’enfouissement, leur coût de traitement et d’approvisionnement se voit systématiquement réduit. L’amélioration de l’utilisation des matières premières a ainsi un haut potentiel pour réduire les dépenses en
approvisionnement et en frais de disposition.

2. Donner une valeur à certaines MR en créant des synergies avec des organisations externes

L’offre des possibilités en débouchés de matières réutilisables et recyclables évolue constamment. Les MR d’une entreprise peuvent être utilisées comme matière première pour une autre
entreprise, si une synergie entre les organisations est implantée. Ainsi, une dépense en GMR peut devenir un revenu.

Procter & Gamble, Unilever, Interface, Wal-Mart, Kraft, Ford, Kimberly Clark et bien d'autres encore sont en train d'atteindre l'objectif de zéro déchet à la décharge (ZLF) dans plusieurs de leurs
installations, ce qui se traduit par d'énormes économies et même de nouvelles sources de revenus. Les diverses activités de recyclage de General Motors ont généré plus de 2,5 milliards de dollars de revenus entre 2007 et 2010. La vente de ferraille lui rapporte désormais 1 milliard de dollars par
année. Ce chiffre s'ajoute à la valeur que l'entreprise a obtenue en réutilisant et en réaffectant les matériaux dans le cadre de ses propres activités.

3. Gestion du risque de volatilité des coûts de GMR

Il devient également avantageux pour les entreprises d’intégrer une démarche GMR afin de contrôler les risques financiers de la volatilité éventuelle des coûts de traitement des MR. Les coûts de traitement des déchets augmentent à mesure que les réglementations deviennent plus strictes et les frais de transport et d’enfouissement augmentent à mesure que les décharges
atteignent leurs capacités maximales. De plus, les coûts d’achat des matériaux augmentent à
mesure qu’elles se raréfient et que leurs approvisionnements deviennent moins fiables.

Comment le secteur privé peut-il réaliser son rôle de leader en économie circulaire?

Pour se différencier du marché et être meneur dans la transition du système économique vers un système de circularité des matières, les entreprises doivent mettre en place des pratiques suivant la priorisation 3RVE.

  • Réduire à la source permet d’utiliser moins de ressources et de générer moins de déchets;
  • Réutiliser les produits de nombreuses fois, en les modifiant peu ou pas du tout;
  • Recycler les matières par un processus de transformation afin de les réintroduire dans le cycle de production d’un nouveau produit;
  • Valoriser les matières par un processus de dématérialisation lorsque celles-ci ne sont ni réutilisables, ni recyclable, pour créer de l’énergie, ou pour les réutiliser comme matière première fertilisante (par exemple, le compostage, la biométhanisation et la pyrolyse);
  • Éliminer les déchets par l’enfouissement.

Pour planifier judicieusement les moyens de GMR à implanter, il convient d’entamer la démarche par un bilan des MR. Celui-ci permet de connaître la quantité et les types de matières générées par les activités de l’entreprise. Selon ces informations, et selon les cibles de réduction des MR établies par les entreprises, les moyens de réduction doivent être judicieusement choisis selon la
priorisation 3RVE. Cette hiérarchisation stratégique permet de prioriser les moyens de réduction de MR pour optimiser l’utilisation des ressources. Cette optimisation s’effectue dans une
perspective de cycle de vie des matières, pour l’ensemble de la chaîne de valeur des entreprises.

Les entreprises doivent également agir comme acteur d’influence envers leur chaîne de valeur, afin de créer une pression sur les parties prenantes. Une politique d’approvisionnement
rigoureuse permet d’influencer les fournisseurs à intégrer un niveau de performance de leur GMR et de leurs matières premières. De plus, les entreprises peuvent engager des initiatives sectorielles prônant une circularité des matières. Entreprendre un réseau de synergies entre entreprises
sectorielles permet non seulement d’optimiser l’utilisation des ressources et de réduire les MR, mais permet également de réduire considérablement les émissions de GES liées au transport des matières premières et des MR.

Comment entamer une démarche de GMR pour les PME?

Les étapes de la démarche proposée par COESIO se déclinent en trois phases :

IMAGE_MOIS_GMR_LINKEDIN-BLOG3

Notre équipe reste à votre disposition pour vous aider à tirer profit des opportunités d’une saine gestion de vos matières résiduelles dans une optique d’économie circulaire.

Rédigé par :

Jean-Philippe Lanctôt, Analyste

Où se situe votre organisation?

Nous sommes pionniers dans l’accompagnement des organisations qui souhaitent réinventer leur modèle d’affaires, afin de mieux répondre aux nouvelles exigences du marché, gérer efficacement les risques et saisir de nouvelles opportunités pour accroitre leur performance globale.

À travers notre approche unique (en apprendre davantage), nous avons accompagné de multiples organisations à faire de l’écoresponsabilité une stratégie d’affaires viables. Les entreprises que nous avons accompagnées possèdent des niveaux de maturité différents face à l’intégration du développement durable.

Pour de plus amples informations : 

 

Charles Duchesne, Président

c.duchesne@coesio.com