Par Marius André, Associé

L’évolution des modes d’intégration du développement durable en entreprises

L’intégration du développement durable dans les entreprises évolue depuis plusieurs dizaines d’années et se positionne comme une réponse aux désengagements politiques face à la lutte contre les changements climatiques.

En effet, la récente nouvelle du départ de Nicolas Hulot de son poste de Ministre d’État de la transition écologique et solidaire en France pose la question de la capacité du Gouvernement à établir des lignes directrices claires visant une société plus durable, responsable et viable. Des questionnements similaires peuvent avoir lieu face à la faible place qu'occupe l'environnement, la transition écologique ou la justice sociale dans les programmes des parties politiques de la campagne provinciale 2018 du Québec.

Cette résignation suit une ligne de démobilisation politique sans précédent dans le monde comme en témoigne le retrait des États-Unis de l’accord de Paris 2015, le retrait de l’Ontario en 2018 du marché du carbone commun avec le Québec et la Californie, ou l'effacement volontaire de Coalition Avenir Québec des termes de "pétrole" et "gaz de schistes" de son programme afin de surfer sur une vague environnementale.

Face à ce manque de volonté, de nombreux dirigeants du monde des affaires ont décidé de prendre leur part de responsabilité et d’agir de front face aux enjeux socio-environnementaux actuels.

C’est d’ailleurs ce que les auteurs David Grayson, Chris Coultier et Mark Lee ont tenté d’étudier, de comprendre et de cartographier dans leur nouveau livre All In (que vous pouvez vous procurer ici) au sein duquel ils segmentent le développement durable en entreprise en quatre ères majeures.

Parcourons ensemble ces ères et tentons de saisir ce que nous réserve l’avenir en termes de responsabilité sociétale d’entreprise.

Image Article All In

Ère de réduction des nuisances (1997 – 2005)

Cette ère concentre des entreprises ayant une approche de réduction des risques et des impacts socio-environnementaux négatifs.

Le développement de cette ère s’appuie sur le mouvement de sensibilisation environnementale résultant des publications à succès comme le Printemps silencieux de Rachel Carson, l’augmentation des régulations sur les produits dangereux ou le déroulement de la Conférence de Rio en 1992. C’est un premier pas pour les dirigeants dans la compréhension des principes du développement durable.

Cette prise de conscience s’est réalisée au sein d’entreprises majoritairement B2B qui souhaitait mieux comprendre l’impact négatif de leurs activités

On reconnaît parmi les leaders de cette ère, des entreprises ayant pris en main leur responsabilité environnementale et prenant conscience des opportunités financières liées à une meilleure gestion des risques socio environnementaux.

C’est le cas de BP, Shell ou Interface qui ont été parmi les leaders pour la durabilité durant cette ère selon le rapport annuel de de GlobeScan sur le leadership.

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Ère d’intégration stratégique (2006 – 2015)

Cette ère s’ancre dans une période économique volatile et en proie à l’augmentation de la méfiance des citoyens envers les entreprises.

Cette période est caractérisée par une démocratisation de l’accès à l’information à travers des avancées telles que l’internet haut débit ou les téléphones intelligents. Au même moment, les gouvernements ont concentré leurs efforts envers la lutte contre le terrorisme, la relance de la croissance et le maintien d’une austérité visant la réduction de la dette des États. 

Face à ce contexte d’incertitude, les entreprises se sont questionnées sur leur mauvaise compréhension des défis socio-environnementaux mondiaux.

Il ne s’agissait plus d’éviter les nuisances, mais de créer une intégration transversale à l’organisation des principes de développement durable afin de viser une création de valeur partagée.

Plusieurs exemples démontrent ce leadership d’entreprise.

General Electric a été l’un des premiers leaders, en 2004, a lancé un programme intégré de développement durable nommé « Éco-Imagination » qui vise l’élaboration de solutions viables pour les plus grands challenges environnementaux actuels.

En 2005, Lee Scott, alors CEO de Wallmart, décide de lancer trois objectifs ambitieux lors de son discours aux actionnaires à Bentonville : 100% énergie renouvelable, zéro-déchets, augmentation continue des produits écoresponsables. Par cette prise de position, Wallmart s’est positionné comme un leader en développement durable auprès de ses fournisseurs, clients et collaborateurs.

Finalement, l’entreprise Interface représente au mieux cette ère d’intégration stratégique à travers son leader charismatique Ray Anderson. En 2005, il annonce son engagement « Mission Zéro » qui vise à développer un modèle opérationnel circulaire dans lequel les produits s’inspirent de la résilience de la nature.

Cette ère, portée par des leaders charismatiques, démontre une approche sérieuse, stratégique et étapiste de l’intégration du développement durable.

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Ère de la raison d’être (2016 – maintenant)

Cette nouvelle ère s’appuie sur des dirigeants et entreprises ayant une volonté de faire découler leur raison d’être à toutes les sphères de leur organisation.

Le lancement des 17 nouveaux objectifs de développement durable de l’ONU et l’augmentation de la génération des milleniums, portée par des attentes fortes envers les convictions des entreprises, ont permis de lancer une réflexion venant confronter le cœur même des entreprises: leur raison d’être.

Petit à petit, les entreprises réalisent des efforts afin d'aligner leurs choix d’affaires avec leur raison d’être.

C’est ainsi que l’on voit apparaître des entreprises qui décident d’ancrer l’écoresponsabilité à l’ensemble de leurs décisions d’affaires que ce soit dans l’innovation, la chaîne d’approvisionnement, le développement de produit ou les marchés desservis.

Dans cette ère, l’éthique, le courage, la responsabilité voire l’activisme sont des traits recherchés et reconnus chez un dirigeant.

Patagonia représente cette ère avec brio tant la raison d’être de l’entreprise transparait dans l’ensemble de ses choix d’affaires et dans les positionnements de ses dirigeants et employés. En 2017, le président Trump émet le souhait de retirer la protection nationale de deux patrimoines naturels dans l’Utah. Patagonia a réagi en prenant position contre ce projet grâce à des campagnes de sensibilisation auprès de ses parties prenantes ainsi que par l’octroi de dons majeurs aux associations environnementales. L’entreprise ne cesse de jongler entre son rôle d’entreprises de biens et services et son rôle d’organisation activiste envers la protection de l’environnement.

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En transition vers l’ère de la régénération

Selon les spécialistes David Grayson, Chris Coultier et Mark Lee, l’ère de la régénération est caractérisée par le développement de modèles d’affaires circulaires, incluant la création de boucles de production fermées ancrées dans des objectifs à impact net positif. En quelques mots, c’est l’idée qu’une entreprise peut résoudre un problème de société à travers ses produits et services, autour d’opérations à boucles fermées tout en réduisant à zéro son impact négatif environnemental et engendrant un impact social positif sur ses parties prenantes.

Quelles sont ces entreprises? Jeunes pousses, technologies propres, coopératives, il en existe déjà plusieurs milliers à travers le monde qui proposent des solutions intégrées tout en visant une meilleure justice sociale. De taille petite à moyenne, ces entreprises sont convoitées par les grands groupes qui tentent de les racheter pour les intégrer dans leurs services.

Où se situe votre organisation ?

Chez CohésionRSO, nous travaillons à développer les capacités écoresponsables des dirigeants qui permettront à leurs organisations d'obtenir un avantage durable, saisir de nouvelles opportunités et améliorer leur performance globale.

À travers notre approche unique (en apprendre davantage), nous avons accompagné de multiples organisations à faire de l’écoresponsabilité une stratégie d’affaires viables.

Les entreprises que nous avons accompagnées possèdent des niveaux de maturité différents face à l’intégration du développement durable.

Pourtant, elles présentent toutes un point commun.

Leurs dirigeants ont intégré l'écoresponsabilité comme élément principal à l'atteinte d'un meilleur avenir pour leurs employés, leurs parties prenantes et la société en général.

À quelle ère votre organisation appartient-elle?